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« Aide à mourir » : non, demander la mort n’est pas un acte individuel

Les députés ont voté en première lecture un texte visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Les partisans de cette loi estiment qu’il s’agit d’un nouveau droit qui n’enlève rien à personne Au cours des débats le texte a été largement modifié, parlant non plus de situations de fin de vie mais d’ouvrir un droit à une aide à mourir, y compris pour des personnes qui ne sont pas en fin de vie mais atteintes d’une maladie « en phase avancée », notion difficilement objectivable selon la Haute Autorité de Santé.

Caroline Brandicourt, atteinte d’une maladie neurodégénérative (l’ataxie de Friedreich, qui affecte dans son cas l’équilibre et la coordination), réagit :

« Le regard des autres est essentiel dans la maladie. On pourrait prendre l’image d’un sportif. En voyant un coureur sur le Tour de France, dans une montée particulièrement difficile, les spectateurs peuvent adopter deux attitudes opposées. Soit lui dire que c’est trop dur, que ce n’est pas grave et qu’on comprendrait qu’il s’arrête… Bien sûr qu’alors il aura envie de tout abandonner. Mais si au contraire on l’encourage, on lui donne de l’eau, on l’aide… à ce moment-là, il reprend courage et la montée lui semble moins dure. »

  • Abandonner le patient qui exprime une demande d’en finir, c’est la réponse de l’euthanasie et du suicide assisté.
  • Encourager et aider à mieux vivre, c’est la réponse des soins palliatifs.

 

S’il devenait possible de demander et d’obtenir la mort provoquée, les personnes fragiles, malades, dépendantes en subiraient les conséquences. Ceux qui pourraient entrer dans les critères de la loi se poseraient nécessairement la question de leur place dans la société et de leur légitimité à demander des soins.

Caroline Brandicourt en témoigne : « Si quelqu’un qui a la même maladie que moi demande la mort, je vais forcément me sentir mal. Et dans un EHPAD, si trois personnes de l’étage ont demandé la mort, comment vont se sentir les autres ? Ce n’est pas un droit purement individuel. Cela a forcément un impact sur les autres ! J’ai déjà rencontré plusieurs personnes qui m’ont dit ‘’Moi le jour où je deviens dépendant, je demande à mourir’’. Je le vis très mal quand j’entends ça, car c’est comme si on me disait ‘’Ta vie ne vaut rien ! Parce que moi si j’étais dans ton état, je demanderais la mort’’. C’est une indélicatesse et en même temps c’est un peu idéologique. Quand on n’est pas encore dans la situation, on ne sait pas comment on va la vivre. C’est valable pour n’importe quelle situation difficile : on découvre vraiment des ressources en soi, des forces vives, ne serait-ce que l’instinct de vie, une fois qu’on est confronté à l’épreuve. »

Cette loi est d’autant plus dangereuse qu’elle intègre un article sur le délit d’entrave à l’euthanasie et au suicide assisté, prévoyant de punir de 30 000€ d’amende et deux ans d’emprisonnement « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur l’aide à mourir ». Comme le remarque Caroline Brandicourt, « il manque à cette proposition de loi l’article complémentaire, une punition pour ceux qui pourraient nous inciter à demander à mourir. Je crains cela. »

Soulager mais pas tuer alerte sur le risque que constitue la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté pour les personnes fragiles de notre société. Le collectif soutient le développement des soins palliatifs, qui fait d’ailleurs l’objet d’un autre texte voté à l’unanimité, mais reste vigilant sur la suite du processus législatif.

Caroline Brandicourt est porte-parole de Soulager mais pas tuer.

En 2023, elle a parcouru plus de 1000km à tricycle à travers 12 départements dépourvus d’unité de soins palliatifs, pour sensibiliser à ces soins qui permettent de soulager les souffrances en prenant en compte la personne dans sa globalité.